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Danse, Grand-mère !

Danse, grand-mère

« Quand une personne vit pleinement, les autres en font autant »

Tel est l’impératif premier de la femme sage : vivre de telle manière que les autres aient l’occasion de faire de même. Vivre avec ce supplément d’âme qui va servir d’exemple.

Détourne-toi de ceux qui ricanent sans entendre cet appel à la vie de l’âme. C’est ainsi que la femme sage va son chemin. Si nécessaire, deviens l’une de ces joyeuses subversives qui ne cessent de croître et font preuve d’un courage paisible et lumineux. C’est ainis que l’esprit parvient à la surface du lac. Refusons d’être ballottées et rejetées sur un quelconque rivage, et prévoyons d’échapper à la banalité morbide et à ce qui est chroniquement brutal et sans intérêt. C’est ainsi que l’esprit se dresse et rayonne.

Lançons-nous dans des aventures connues et inconnues. Ainsi, ce qu’il y a de plus grand chez la vieille femme sage et ce qu’il de plus grand chez la jeune femme seront réunis. Alors, que tu sois jeune mais déjà riche d’expérience, ou bien que tu aies un certain âge et en train de gagner tes galons, ou encore une femme que le poids des ans n’empêche pas d’entretenir une flambée ou un feu discret, alors oui, malgré les retours en arrière et les moments de découragement…Souviens-toi de te tenir aux côtés de l’esprit si c’est d’énergie et de résolution que tu as besoin pour agir à ton profit et au bénéfice du monde… et si c’est la sagesse que tu veux, marie l’esprit à l’âme, c’est à dire marie l’action à la passion, l’audace à la sagesse, l’énergie à la profondeur…et invites tous les aspects de la psyché au hieros gamos, ce mariage sacré.

…Ainsi ma chère fille, puisses-tu être âme et esprit… Puisses-tu choisir ce qui va élargir et non rétrécir ton cœur, ton mental et ton existence…Puisses-tu choisir ce qui va te faire avancer en dansant et non plus en traînant la jambe ou en somnolant.

L’âme et l’esprit ont un bon instinct, sers-t’en. L’âme et l’esprit ont de merveilleux dons du cœur. Revèle-les. L’âme et l’esprit ont la capacité de voir loin, de souquer ferme et de cicatriser relativement bien. Sers-t’en. Dans la forêt qui est en toi, une femme grande entre toutes t’attend depuis toujours devant le plus grand des feux. Même si tu dois suivre le chemin obscur du diamant remontant des entrailles de la terre ou traverser le désert qui te met à nu mais étanche ta soif avec son eau secrète, même si tu dois te dévêtir au bord de la rivière pour que des mains invisibles te soulèvent au-dessus des rapides… oui, malgré les épreuves que tu peux rencontrer…la femme grande entre toutes t’attend, l’esprit à l’oeuvre, et elle envoie patiemment ses messages le long des racines de ta psyché. C’est sa tâche la plus grande. Et la tienne est de la trouver et de ne jamais plus t’en séparer.

On dit parfois qu’une bénédiction, ce n’est que des mots. Pourtant, ma chère fille, étant donné l’espoir, la capacité d’amour, l’ardent désir d’âme et d »esprit, la charge créative, le goût de vivre pleinement qui sont les tiens, cette bénédiction est beaucoup plus que « des mots ». Cette bénédiction est une prophétie. « Quand une personne vit pleinement, les autres en font autant ».

On trouve toujours la preuve de l’existence, au niveau des racines, de cette source mystérieuse et sage chez les femmes qui apprennent et veulent apprendre toujours plus, développent leur vision intérieure, écoutent leur intuition, ne se laissent jamais arrêter ni bâillonner, et qui, face à une perspective prometteuse ou enrichissante, mais intimidante au premier abord, ne vont pas dire : « je n’y arriverai jamais », mais se demandent au contraire : « quelle énergie dois-je rassembler pour pouvoir y arriver ? ». Qu’importe le lieu où nous vivons et en quel état, qu’importe notre mode de vie…nous pouvons toujours compter sur cette alliée suprême, car même si notre structure extérieure est insultée, attaquée, voire pulvérisée, personne ne peut éteindre l’étincelle d’or ni tuer sa gardienne souterraine.

Les bonnes grand-mères des mythes et des contes de fées n’oublient pas ce qui a été abîmé et de quelle manière, et elles vont tout faire pour le protéger. Pourquoi ? Elles sont persuadées qu’une simple vela – bougie – la petite flamme de l’amour qui brûle dans leur cœur, peut contribuer à éclairer le monde. Elles sont persuadées que si elles cessaient de faire briller la lumière de leur cœur avant d’avoir fait leur temps sur cette terre, le monde serait à jamais éteint, plongé dans l’obscurité.

On ne devient pas une ancienne simplement par le fait d’avoir vécu un grand nombre d’années, mais plutôt par ce que l’on a fait de soi durant tout ce temps et par ce dont on se remplit au moment présent, voire par la manière dont on s’est formé, avant d’avoir eu un certain âge.

C’est cet héritage qui me permet d’affirmer qu’il n’est jamais trop tard pour élargir le champ. Quel que soit notre âge, nous pouvons préparer maintenant notre passage vers le pouvoir de la vieillesse et la sagesse de l’âge. Chaque personne aura une chance d’être enflammée de nouveau en tant que force intense et instructive. Mais nous n’y parviendrons que si nous décidons d’en faire notre destination, et ce dès maintenant.

Pour toutes les aînées pleines de sagacité qui sont en train d’apprendre quand le moment est venu de s’affirmer et non pas de se taire, ou de se taire quand le silence est plus éloquent que la parole. Pour toutes les femmes en train de devenir des anciennes, qui apprennent à être gentilles quand il serait facile d’être cruelles…qui voient qu’elles peuvent être tranchantes quand cela s’impose, et trancher proprement…qui s’entraînent à dire la vérité avec miséricorde.

Pour toutes cette qui ne respectent pas les conventions et serrent la main de personnes étrangères en les accueillant comme si elles les avaient élevées et connues depuis toujours…pour toutes celles qui apprennent à rapprocher les os, à secouer l’embarcation et aussi le lit, comme à apaiser les tempêtes…pour celles qui veillent sur l’huile de la lampe, et qui maintiennent le calme chaque jour…pour celles qui préservent les rituels, qui n’ont pas oublié comment faire du feu avec du silex et de la bourre…pour celles qui disent les anciennes prières, qui se souviennent des symboles, des formes, des mots, des chants, des danses, et de ce que les rites eurent pour but d’instaurer à une autre époque…pour celles qui bénissent souvent et aisément les autres…pour ces aînées qui n’ont pas peur – ou qui ont peur – et qui agissent avec efficacité de toute manière…

Pour elles…puissent-elles vivre longtemps, fortes et en bonne santé, et en déployant une immense énergie vitale.

Extrait de « La danse des grands-mères » Clarissa Linkola Estès, Editions Bernard Grasset

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